Otepia, la grande bibliothèque de Kochi

La ville de Kochi et sa région

Capitale de la préfecture éponyme, Kochi est l’une des grandes villes de l’île de Shikoku, la plus petite des quatre îles principales de l’archipel japonais. Au nord, cette préfecture rurale est couverte d’épaisses forêts. Au sud, elle est bordée par l’océan Pacifique. Avec 326 115 habitants, Kochi est l’une des villes les plus peuplées de l’île. Près de 40 % de la population de la préfecture y réside. Autrefois fortifiée, la ville est surplombée par un château classé bien culturel important. Datant de 1603, le donjon est d’origine, mais la majeure partie a été reconstruite après un incendie, survenu au XVIIIe siècle. Touristique, la ville accueille chaque année au mois d’août, l’un des trois plus importants festivals du Japon, le festival Yasakoi.

La ville a vu naître plusieurs personnages qui ont marqué l’histoire du Japon. Parmi eux, figure Ryoma Sakamoto qui a œuvré activement au renversement du shogunat. Il est assassiné en 1867, à Kyoto, à l’âge de 29 ans. On retrouve son effigie un peu partout dans la ville. Très célèbre au Japon, le personnage de Ryoma Sakamoto a été utilisé par la bibliothèque dans ses vidéos de promotion du nouveau bâriment. 

La bibliothèque de Kochi : le projet

Les origines remontent à un quart de siècle, lorsque les autorités politiques parlent en 1995 de rénover la bibliothèque municipale et la bibliothèque préfectorale.  Construites respectivement en 1967 et en 1973, elles sont toutes les deux en très mauvais état. Les fuites d’eau, fréquentes, ont dégradé les bâtiments qui ne sont pas aux normes. Trop petits, les espaces de lecture sont inadaptés. Les capacités de stockage des livres ont été largement dépassées. La bibliothèque préfectorale stocke 603 000 volumes pour une capacité initiale de 300 000. En 2000, le rapprochement des deux bibliothèques dans un même lieu est évoqué pour la première fois par le gouverneur en poste. La situation s’étant encore dégradée, la décision de construire une nouvelle bibliothèque est finalement prise en 2010.

Vers un bâtiment unique

Après une étude comparant les avantages et les inconvénients d’un scénario avec deux bibliothèques séparées et d’un autre scnario avec un équipement mutualisé, le choix se porte sur la construction d’un bâtiment unique. C’est la première fois au Japon que l’on fusionne une bibliothèque préfectorale et une bibliothèque municipale. Outre les atouts que présente pour les usagers, un bâtiment unique, les autorités politiques espèrent aussi rationaliser les coûts. Comme il n’est pas possible de construire une bibliothèque plus grande à l’emplacement de la bibliothèque préfectorale, la surface à bâtir étant insuffisante, il faut choisir un nouveau lieu.

Un nouvel équipement au cœur de Kochi

La nouvelle bibliothèque est construite, à proximité du château, à la place d’une école primaire. En plein centre-ville, dans un quartier très fréquenté, la zone est particulièrement bien achalandée, avec des passages commerciaux et des marchés, dont le marché couvert Hirome, célèbre pour ses produits locaux. Juste en face de la bibliothèque se trouvent deux écoles, la Tosa Joshi Junior and Senior High School et la Kochi Otemae High School. Très passant, l’endroit est aussi très bien desservi par les transports en commun. Le choix d’un bâtiment unique et d’un emplacement central s’inscrit dans un schéma de réorganisation urbain plus large, avec une visée sur le plus long terme. Quoique modérée, la baisse démographique est aussi une réalité à Kochi. Les changements à venir obligent les autorités locales à prévoir, à un horizon un peu plus lointain, le rapatriement d’habitations et d’activités implantées en banlieue vers le centre.

Deux bibliothèques et un musée

En plus de la bibliothèque municipale et de la bibliothèque préfectorale, le projet va s’enrichir, lors de l’élaboration du projet, d’un musée et d’une bibliothèque en braille.

Au final, la nouvelle construction rassemble deux bibliothèques et un musée avec l’Otepia Kochi Library qui regroupe les collections de la bibliothèque préfectorale et de la bibliothèque municipale, l’Otepia Kochi Voice and Braille Library, et le Kochi Mirai Science Museum, un musée de vulgarisation scientique.

Un nouveau nom et un logo

Le nouveau bâtiment s’appelle Otepia. Le nom été forgé à partir de deux mots, «Ote», en référence à l’ancienne école «Otemae shogakkou» qui a été rasée, et «Pia», issu du terme anglais «peer». Dans une région forestière telle que Kochi, la symbolique de l’arbre est très présente dans l’imaginaire de habitants. Symbole de la longévité, c’est un cyprès stylisé avec trois séries de branches qui est choisi pour le logo. Les trois branches rappellent par leur graphisme trois livres ouverts. Le chiffre trois, quant à lui, renvoie aux trois entités qui composent Otepia. Le symbole de l’arbre est décliné dans tout le bâtiment.

Le programme architectural et le choix de l’architecte

C’est le cabinet d’architecte Axs Satow Inc qui a été choisi pour mener ce chantier de grande ampleur. Fondé en 1945 par Sato Takeo (1899-1972), figure de l’architecture contemporaine japonaise, Axs Satow Inc est un cabinet d’architecte important qui a une expérience dans la construction de grandes bibliothèques. Parmi ses réalisations récentes, il y a la bibliothèque de l’Institut de technologie de Tokyo (2008), la bibliothèque de l’université de Chiba (2012), la nouvelle bibliothèque préfectorale d’Omura-Nagasaki (2019) et la bibliothèque de l’université de Seinan Gakuin (Prix JLA 2019). Les travaux démarrent en juillet 2014 et s’achèvent début 2018. Otepia ouvre le 24 juillet 2018.

Otepia : un arbre géant

Le parti-pris architectural s’inspire de la thématique de l’arbre. Ainsi, la bibliothèque a été vue comme un arbre géant. L’étymologie de Kochi signifie grand  (ko) et savoir  (chi). La nouvelle bibliothèque de Kochi est donc le lieu du « savoir élevé ». Au centre de la bibliothèque, le tronc est formé par les magasins où sont conservées les collections patrimoniales, les étagères sont les branches de l’arbre et ses feuilles sont les livres.

Avec une surface totale de 23 760 m2, le résultat est impressionnant. L’édifice se détache dans le paysage urbain par sa hauteur et par une esthétique qui se démarque des bâtiments environnants. On peut l’apercevoir de loin, avec ses mille persiennes en bois, aux teintes beiges et rosées, qui prennent, selon les heures du jour, des colorations plus ou moins foncées. La présence du bois et les persiennes se réfèrent à l’architecture traditionnelle.

Bien éclairé jusqu’à sa fermeture à 20 heures, le bâtiment embellit le quartier. La zone occupe une surface de 6 606 m2 avec une grande esplanade et une rue piétonnière qui longe le bâtiment. La zone de construction en tant que telle représente 4 216 m2. La bibliothèque occupe une superficie de 17 781 m2. La surface par rapport aux surfaces des deux anciennes bibliothèques a été multipliée par 2,5.

Un bâtiment de haute technologie

À bien des égards, le bâtiment est une prouesse technique. Les exemples témoignant de cette ambition sont nombreux. Au niveau écologique, une nouvelle technologie en matière de climatisation, moins coûteuse en énergie, a été installée. Afin de supporter les secousses des éventuels tremblements de terre, la partie supérieure du bâtiment entre le 2ème et le 5ème étage est « posée » sur un socle de béton. Plus ou moins éloignées les unes des autres, plus ou moins ouvertes, le choix du positionnement des persiennes a été déterminé par une étude de simulation qui tient compte du trajet du soleil, en fonction des saisons et des heures de la journée. Autre innovation, l’Eco Park. Proche de l’entrée principale, il est possible en trente secondes, de garer automatiquement une voiture qui est « aspirée » dans un grand tube cylindrique de trois mètres de diamètre et va se loger dans une des soixante alvéoles. On ne retrouve cette technologie de pointe qu’à Tokyo.

La nouvelle bibliothèque

On accède à la bibliothèque via un grand hall d’accueil, décoré au plafond par quatre grands dômes en bois de cerisier, le Tosa sakura, provenant des forêts de Kochi. Ces dômes témoignent du savoir faire des artisans de la région. Un marbre apposé sur l’un des murs est un souvenir de l’ancienne bibliothèque municipale. Occupant la majeure partie du bâtiment, la bibliothèque se déploie sur cinq niveaux, avec une bibliothèque pour enfants, une bibliothèque générale et un espace audiovisuel, auxquels viennent s’adjoindre de nombreux espaces de travail individuels et collectifs.

Découvrez Otepia avec Ryoma Sama !

Otepia, la grande bibliothèque de Kochi

Lorsque l’on visite le bâtiment, on est frappé par la richesse de l’offre qui est proposée, tant en terme de collections, que de services. Si les collections d’ouvrages et de revues prédominent, – la bibliothèque propose une collection de près d’un million sept-cent-mille documents -, le numérique a fait son entrée avec une offre importante accessible via le site web de la bibliothèque (bases de données, livres numériques ). L’audiovisuel prend une part plus importante que de coutume avec un espace dédié.

L’aménagement des salles, la signalétique, le choix et la diversité des mobiliers, l’importance donnée aux services à l’usager font partie des points forts de ce nouvel équipement.

Outre les services documentaires stricto sensu, Otepia est aussi un lieu culturel majeur de la ville avec une importante programmation culturelle.

Avec la bibliothèque municipale de Yamato, la bibliothèque préfectorale d’Okinawa et la bibliothèque des archives de Kyoto, Otepia est, l’une des plus grandes bibliothèques réalisées au Japon lors de ces cinq années.

 

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