La bibliothèque municipale de Taketa

Sensible à la qualité de la construction ainsi qu’à l’esthétique du bâtiment, le jury du Comité « Architecture » de l’Association des bibliothèques japonaises décerne en 2019 le 35ème prix « Architecture » à la bibliothèque municipale de Taketa

Taketa et la région volcanique du Mont Aso

Sur l’île de Kyushu, dans la préfecture d’Oïta, Taketa est une petite ville, située non loin du Parc Kuju et du Parc naturel du Mont Aso. Le mont Aso, avec une quinzaine de cônes volcaniques, est l’un des plus grands volcans du Japon. C’est aussi l’un des plus dangereux.

Taketa, une histoire, un territoire, des paysages

Taketa est une ancienne ville forteresse avec un château vieux de quatre cents ans dont il ne reste plus que des vestiges. A proximité du château, un sanctuaire shinto, le Hirose Jinja, surplombe le centre de la vieille ville. Du promontoire, on peut apprécier la beauté des paysages. Les activités économiques de la ville et de ses alentours se concentrent essentiellement sur l’agriculture et le tourisme. Riche en sources d’eau chaude, dont des eaux fortement gazéifiées, il y a plusieurs onsen dans la région.

Un déclin démographique annoncé

En 2005, l’ancienne ville de Taketa a fusionné avec les trois anciennes villes de Naoiri, Kusumi et Ogi pour devenir l’actuelle ville de Taketa. Le dernier recensement en 2015 comptabilisait 22 332 habitants. Une densité faible avec, en moyenne, 50 habitants au km2. Autre paramètre important, le taux de vieillissement est très élevé. Les projections de la ville en matière de démographie ne prêtent guerre à l’optimisme. Les courbes font état d’une chute brutale de la population avec 16 500 habitants pour 2030, et 11 500 habitants pour 2045. Les problèmes causés par la baisse démographique et la désertification des zones rurales ont des répercussions multiples. Sur le plan uniquement urbanistique, la ville se retrouve à la tête d’un parc immobilier public surdimensionné et avec de nombreuses résidences privées en déshérence.

Des plans de revitalisation pour lutter contre la dévitalisation et le dépeuplement

Les autorités municipales ont pris la mesure du problème depuis plusieurs années et ont mis en place, avec le soutien financier du gouvernement central, des plans de revitalisation pour lutter contre un déclin qui semble inéluctable. Plusieurs plans se sont succédés. Le dernier en date a été lancé en 2020 avec, pour cibles, les entreprises et les particuliers. Taketa recherche notamment des entreprises intéressées par le financement de projets de revitalisation ou prêtes à s’installer dans la région. Le tout s’accompagne de campagnes de prospection dans différents salons et des campagnes de communication pour vanter les mérites et les attraits de la ville.

Le « retour au pays »

Du côté des particuliers, Taketa a lancé un programme de remigration et d’accession à la propriété pour les candidats au retour au « furusato », le village natal, ou désireux de changer de cadre de vie. L’accompagnement est à la fois financier avec des aides, et humain, avec des personnes ressources qui facilitent l’arrivée et l’intégration des nouveaux arrivants.  Le site web de la ville se fait l’écho de ces anciens habitants de grandes métropoles comme Ôsaka ou Tokyo qui ont fait le choix, célibataire ou en famille, de la campagne et d’une meilleure qualité de vie. Certains ont repris une activité locale ; d’autres sont venus pour travailler à distance tout en vivant dans un cadre naturel.

La nouvelle bibliothèque

Afin de rendre sa ville plus attractive et de renforcer sa notoriété, Katsuji Shuto, le maire de Taketa, réélu depuis 2009, a opté pour une politique de modernisation d’équipements publics emblématiques. La nouvelle bibliothèque de Taketa s’inscrit dans ce projet. Installée dans une école, l’ancienne bibliothèque datait de 1960. Le local était trop petit (560 m2). Vétuste, il ne répondait plus aux normes de sécurité en vigueur.  Le programme de la bibliothèque a été finalisé en 2015. A quelques mètres de l’ancienne, la nouvelle bibliothèque, construite à la place d’une école élémentaire, sur un emplacement plus grand et non loin du château, a ouvert le 21 mai 2017.

Le choix d’un cabinet d’architecte local réputé

C’est l’architecte Takao Shiotusuka dont le cabinet est basé dans la ville d’Oita qui a été retenu. A plusieurs reprises, les constructions du Takao Shiotsuka Atelier ont fait l’objet d’articles dans la revue de référence Shinkenchiku. La force de ce projet architectural est d’avoir su intégrer avec bonheur tradition et modernité.

Une bibliothèque facile d’accès, bien intégrée dans le paysage urbain

A dix minutes à pied de la gare de Bungo-Taketa, la bibliothèque est en plein centre ville, dans un quartier résidentiel et historique. Sur l’une des rues principales, on y accède facilement à pied ou par la route. Un parking d’une trentaine de places et un emplacement pour les vélos ont été aménagés autour. Aisément identifiable, le bâtiment est parfaitement intégré dans le paysage urbain. Il suffit de monter jusqu’au Hirose Jinja pour s’en rendre compte. Tout en modernisant leur agencement avec une alternance de cinq toits en pignon, les toits de la bibliothèque s’inspirent des modèles des maisons traditionnelles. De plein pied, avec ses murs blancs et seulement quelques ouvertures aux dimensions modestes, l’architecture extérieure de la bibliothèque n’est pas sans faire penser à l’esthétique des châteaux moyenâgeux, ce parti pris s’expliquant par la proximité avec l’ancien château et par une volonté d’harmonie avec l’urbanisme existant.

Un plan simple et fonctionnel

La bibliothèque est un bâtiment unique, avec deux entrées, l’une coté parking, et l’autre, coté rue. L’organisation spatiale de la bibliothèque est simple avec un espace pour les enfants, à l’ouest, un espace pour adultes, à l’est et une zone d’accueil et de services, multifonctionnelle, entre les deux. L’avantage est de séparer en deux parties bien distinctes l’espace pour enfants de la partie adulte, et d’offrir une excellente lisibilité en terme de repérage. Les deux entrées convergent l’une et l’autre vers la banque d’accueil et de service. Dès l’entrée, les flux sont ainsi canalisés.

Comparée à l’ancienne bibliothèque, la surface a été triplée avec 1570 m2. Avec les trois quarts de la superficie totale, la majeure partie de la bibliothèque est de plein pied. Deux mezzanines de 330 m2, au total, ont été construites et forment de part et d’autre deux grands triangles vitrés. Avec une grande hauteur de plafond, largement alimenté par la lumière naturelle, l’ensemble est fonctionnel, beau et lumineux.

Une implantation « fluide » des rayonnages

Parmi les partis pris esthétiques, le choix d’une implantation des rayonnages dans le sens de la circulation est une des originalités de cette bibliothèque. Ne correspondant pas aux critères habituels d’ordonnancement des rayonnages qui, en règle général, forment des « barrières », au prix de rompre l’harmonie des lieux, il est possible, pour le visiteur d’évoluer entre les rayonnages sans avoir à les contourner et de voir le fond de la salle.  Non seulement les formes courbes des rayonnages ont été utilisées pour créer de la fluidité au niveau de la circulation mais elles permettent de délimiter de petits espaces pour en faire des zones privatives.

Du mobilier recherché dans des espaces variés

Le choix du mobilier donne également à cette bibliothèque une identité qui lui est propre : assises variées au design recherché, rayonnages, décoration intérieure discrète dans certains coins de la bibliothèque, signalétique épurée. L’organisation des espaces a été optimisée.

Outre les salles de lecture, différents coins ont été utilisés pour proposer une variété de petits espaces spécifiques : espace Lounge pour prendre un café, terrasse aménagée, zone de détente à proximité des fenêtres avec vue sur la rue, zone d’écoute de disques compacts, petit espace d’exposition.

Au niveau des mezzanines, on trouve d’un coté un espace de travail pour les collégiens et les lycéens, et de l’autre, un espace de lecture avec un fonds locaux et un fonds de pour les adolescents.  Le tout est complété au premier niveau pas deux petites salles de groupe. Le wifi est présent dans toute la bibliothèque.

Un pari réussi

Au total, la bibliothèque propose une collection de 152 140 ouvrages dont un peu plus de la moitié en libre-accès, près de 56 %, et un ensemble de 213 places, ce qui, pour une ville de cette taille, constitue une offre conséquente. Hormis un coin internet, et les postes catalogues, la place des nouvelles technologies est encore réduite. Centré sur le livre, le modèle est classique mais il propose toutes les commodités d’une bibliothèque moderne  qui tient compte de la diversité des publics et de leurs usages.

Le pari d’une nouvelle bibliothèque a été gagné. La fréquentation et les prêts ont augmenté depuis 2017. Avec près d’un tiers des abonnés qui habitent hors de la ville de Taketa, la bibliothèque a largement fait la preuve de son attractivité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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