La bibliothèque municipale de Kensennuma

La bibliothèque de Kensennuma, la bibliothèque rescapée du tsunami

Nouvelle bibliothèque de Kesennuma – Livret du 100ème anniversaire

Le 11 mars 2011, à 14 h 46, un tremblement de terre d’une intensité exceptionnelle, 9,1 de magnitude, frappe le Japon. Les secousses ont été ressenties dans tout le pays, du nord au sud, et même au-delà. 

La zone la plus sinistrée a été la région du Tōhoku, au nord-est, à la pointe de l’ile principale d’Honshū. Le Tōhoku regroupe six préfectures : Akita, Yamagata, Aomori, Iwate, Miyagi et Fukushima. Donnant pour une part sur la façade de l’Océan Pacifique, les préfectures d’Iwate, de Miyagi et de Fukushima ont été très touchées.

Si le tremblement de terre n’a causé que des dégâts relativement limités grâce à la qualité des constructions antisismiques, c’est le tsunami, conséquence directe du séisme, qui a été le plus destructeur. A lui seul, il est responsable de 90% des pertes humaines et, à l’origine de l’accident nucléaire de Fukushima.

Le bilan humain et matériel est très lourd. Six-cents kilomètres de côtes ont été ravagés. On compte près de 20 000 morts et disparus. Plus 330 000 habitations ont été détruites. Des milliers de personnes se sont retrouvées sans abri et ont été déplacées. Dix ans après, la reconstruction continue. Le titanesque et impressionnant chantier de sécurisation des côtes se poursuit. Les populations sont restées marquées par cette catastrophe mais elles n’ont pas ménagé leurs efforts pour reconstruire et se battent encore pour leur avenir.

Dans la préfecture de Miyagi, Kensennuma, l’un des plus importants ports de pêche du pays, a beaucoup souffert. En raison de la violence des secousses, le sol s’est affaissé à certains endroits de soixante-quinze-centimètres. Des quartiers entiers de la ville ont été ensevelis. Les infrastructures locales de l’industrie de la pêche ont été ruinées. Aujourd’hui, sur bien des nouvelles habitations, le niveau maximal de la montée de la mer figure sur les façades. Dix ans après, une ville nouvelle émerge mais le souvenir du tsnunami demeure.

A la bibliothèque, des dégâts matériels importants mais pas de victime

Construite sur un promontoire, la ville est environnée de petites montagnes, la bibliothèque municipale a été épargnée par le tsunami. Par contre, le  tremblement de terre l’a gravement endommagée. Les dégâts sont essentiellement matériels.  Il n’y a pas eu de victime bien que le séisme ait eu lieu en journée. Les bibliothécaires, partis ce jour-là faire leur tournée en bibliobus, sont revenus sains et saufs, au grand soulagement de leurs collègues.

Après la catastrophe, une priorité : ouvrir

Une semaine après la catastrophe, la mairie décide de rouvrir dès que possible la bibliothèque. Il est important que les citoyens qui vivent des moments très difficiles puissent trouver des endroits où puiser un peu de réconfort et trouver du lien. Le personnel se met à pied d’œuvre dès le 23 mars.

Une bibliothèque temporaire pour les enfants est aménagée dans un des bibliobus qui a été remorqué par les équipes de sauvetage. La premier étage de la bibliothèque qui a subi de gros dommages est condamné. Le rez-de-chaussée est remis en état, les collections rangées, un coin « information » près de l’entrée est ménagé. Des toilettes sont installées sur le parking.

Le 30 mars, la bibliothèque peut ouvrir. Une semaine plus tard, une réplique entraînant des coupures d’électricité contraint à interrompre à nouveau le service. La bibliothèque rouvre quinze jours plus tard. Jusqu’à l’ouverture, en mars 2018, le service sera maintenu dans des locaux provisoires.

Nouvelle bibliothèque de Kesennuma

Reconstruire

Les autorités locales décident, dans le plan général de reconstruction de la ville, de fixer, parmi les chantiers prioritaires, la restauration et la reconstruction des institutions éducatives. En 2012, un « comité d’étude du projet de reconstruction de la bibliothèque de Kesennuma » est créé pour restaurer le bâtiment de la bibliothèque de Kesennuma, suivi par un «comité d’étude de la reconstruction de la bibliothèque de Kesennuma ». La mairie fait le choix de remplacer l’édifice ébranlé par un nouvel équipement, plus grand, qui répondra mieux aux besoins des habitants. Il ne s’agit pas pour autant de reconstruire à l’identique. C’est un nouveau projet avec des objectifs précis qui sera conçu.

En solidarité avec la ville, le gouvernement indonésien, fait un don de 60 000 livres destinés à la bibliothèque pour enfants.

Une bibliothèque pour revivre

L’enjeu n’est pas seulement de rebâtir un équipement devenu inutilisable mais de réfléchir à comment créer une bibliothèque où les gens peuvent retrouver la force de vivre à nouveau. Il s’agira de proposer un lieu qui fournira des services à des citoyens éprouvés. 

Une bibliothèque pour faire communauté

« Bibliothèque connectée » est le maître mot du projet. Le but est de recréer des liens quand tout a été détruit et de retisser les liens entre le passé et le présent. La nouvelle bibliothèque de Kensennuma doit être un espace où la communauté peut se rassembler : enfants, adultes, personnes âgées, personnes valides ou handicapées. A proximité de l’entrée, le café Espoir est l’un des signes de cette volonté.

Les enfants, les futures forces vives 

Le projet de la nouvelle bibliothèque a été délibérément tourné vers l’avenir. Un effort particulier a été fait en direction des enfants avec de nombreux espaces qui leur sont proposés. Pour ce faire, les autorités locales ont décidé d’intégrer dans les nouveaux locaux, le petit service de soutien à l’enfance et de l’agrandir. Sa mission est de fournir des services éducatifs et de protection de l’enfance. Au final, la superficie de l’ensemble est de 3221,40 m², avec 2 757,52 m² pour la bibliothèque, et 463,88 m² pour le Kesennuma Children’s Centre.  Comme il y a une école élémentaire et une école primaire dans un rayon de quelques dizaines de mètres, des synergies avec les bibliothèques ont été faciles à mettre en oeuvre.

La bibliothèque, lieu du passé et du présent

Dans une ville en partie détruite, la bibliothèque est sa mémoire. Un fonds de documents sur le grand tremblement de terre, le « Earthquake-related Corner » en libre-accès, a été constitué. Pas seulement ancrée dans le passé, la bibliothèque est dans le présent en offrant un soutien aux entreprises et industries locales en faisant connaître leurs activités.

Dresser un pont entre le passé et le présent dans le nouvel espace

Le cabinet Shinichi Okada Design Office Co., Ltd. qui a été retenu en 2014 pour la conception et la construction du nouveau bâtiment, a élaboré un projet original dont le parti pris architectural mêle passé et avenir, où il s’agit de faire œuvre nouvelle mais sans pour autant effacer le passé. Il n’y a donc pas de rupture mais une continuité qui se traduit esthétiquement et visuellement. L’extérieur du nouveau bâtiment ressemble beaucoup à l’ancien : même couleur bleutée, emplacement identique de l’entrée principale, même orientation. Autre exemple de cette imbrication du passé et du présent, des morceaux des anciens rayonnages ont été recyclés et intégrés dans la nouvelle banque d’information. La pierre commémorative de l’ancienne bibliothèque construite en 1961 a été conservée.

Valoriser la nature et les paysages

Des améliorations notables ont été apportées. Les abords ont été réaménagés de telle sorte à ce que la nature soit mise davantage en valeur. Les alentours ont été dégagés de telle sorte à ce que l’on puisse profiter de la vue sur la ville et le port coté nord, et voir le mont Anbasan coté sud.  Les terrasses «Sakura » offrent la possibilité pendant le printemps d’admirer les cerisiers en fleurs.

Les nouveaux espaces

Agrandie, la nouvelle bibliothèque est organisée sur deux plateaux. Le rez-de-chaussée est dédié à la détente. Il y a le café, à proximité un espace “magazines” et un espace libre. Toutefois, la majeure partie de ce niveau est occupée par la bibliothèque pour enfants et le centre de soutien à l’enfance. L’architecte n’a pas dressé de frontières entre les deux. Les enfants peuvent évoluer d’un espace à l’autre. En plus des services et des espaces classiques de la bibliothèque il y des salles de travail pour les collégiens, une grande salle de sport avec un mur d’escalade, une grande salle de jeu pour les enfants et leurs parents. A certaines heures de la journée, un service de conseil à l’éducation des enfants est assuré. Des animations et des ateliers sont régulièrement organisés. 

Le second niveau est consacré aux collections pour adultes et aux collections spécialisées (fonds local, fonds sur le tremblement de terre, fonds audiovisuel). Elles sont complétées par un fonds de manga et un fonds pour les adolescents. On compte deux salles de travail en groupe et un espace d’exposition pour valoriser les activités locales. 

Une réussite

Les espaces sont aérés, colorés et lumineux. Lieu de vie, lieu de partage, lieu d’apprentissage, lieu où l’on se sent “chez soi”, la nouvelle bibliothèque de Kensennuma est une déclinaison originale de la bibliothèque de type 3ème lieu avec une dominante centrée sur les services aux enfants. Cette formule a été plébiscitée par la population. Ce projet est emblématique d’une nouvelle génération de bibliothèques qui contribuent à la revivification d’une ville et d’une région.

Kensennuma – Bibliothèque pour enfants

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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