La bibliothèque municipale d’Anjo

Anjo et la préfecture d’Aichi

Située sur l’île d’Honshū, au centre du Japon, dans la région du Chūbu, Aichi est, avec Tokyo et Ôsaka, l’une des préfectures les plus prospères du pays. Centre industriel et commercial, sa capitale, Nagoya, fait partie des plus grandes métropoles japonaises, reconnue à l’échelle mondiale. Son port est le plus important en volume de marchandises transportées. Au centre d’un réseau ferroviaire et routier très dense, dotée d’un aéroport international proche du centre ville, Nagoya est une plaque tournante qui relie de nombreuses villes japonaises et étrangères.

L’histoire récente de la préfecture se confond avec celle du groupe Toyota, dont le siège social est à quarante kilomètres, à l’est de Nagoya, dans la ville éponyme. Plusieurs usines du groupe sont implantées dans différentes villes  de la région et font vivre de nombreux sous-traitants. Outre l’automobile, l’aérospatiale, la robotique, l’électronique et l’industrie lourde sont les secteurs d’activités de pointe. Leader dans l’industrie, la recherche et l’innovation, Aichi arrive en sixième position en matière agricole, avec l’élevage, la production de légumes et de fleurs. Ouverte sur l’océan pacifique avec la grande baie de Mikawa, Aichi a aussi une activité de pêche importante. Forte de ce dynamisme économique, la préfecture d’Aichi est l’une des rares préfectures dont la population continue d’augmenter, même si la tendance tend à ralentir ces dernières années.

La ville d’Anjo, le « Danemark » du Japon

A la périphérie de Nagoya, Anjo est à une demi-heure en train. La ville a bénéficié des investissements des grandes entreprises qui s’y sont implantées et a connu, de ce fait, une forte expansion, en attirant des employés et des cadres qualifiés. Cette croissance s’est traduite par une forte augmentation de la population, avec, en cinquante ans, près de 96 000 habitants en plus. En 1970, on recensait 94 307 habitants, en 2000, il y en avait 158 824, et en 2019, on a atteint les 190 144 habitants. Actuellement, Anjo figure au septième rang des villes les plus peuplées de la préfecture.

L’activité économique de la ville se partage entre l’industrie automobile, avec Toyota et ses sous-traitants, et la production agricole. Anjo est surnommée le “Danemark du Japon”. Avec l’ouverture du canal d’irrigation Meiji au début du XXème siècle, la région devient dans les années 20, l’une des plus productives dans le domaine agricole, suscitant la comparaison avec le Danemark, considéré alors comme l’un des pays les plus avancés dans ce domaine d’activité. Depuis 2009, la ville est jumelée avec la ville danoise de Kolding, et l’un des parcs d’Anjo a été appelé le Den Park.

Le projet d’Anforêt : un maire impliqué

Actuellement à son cinquième mandat, le maire de la ville, Gaku Kamiya, élu pour la première fois en 2003, s’applique à cultiver, depuis plusieurs années, l’image d’une ville prospère, écologique, à la qualité de vie élevée, où l’on peut vivre “en bonne santé et heureux”. Anforêt a été l’un de ses projets “phare”.

A trois cents mètres au sud-ouest de la gare JR (Japan Railways), le quartier souffrait, depuis le déménagement en 2002 du grand hôpital en banlieue, d’une perte de dynamisme et d’une baisse d’activité. Le projet Anforêt a eu pour objectif d’impulser un nouvel élan, et c’est avec une nouvelle bibliothèque que le maire a choisi de dynamiser le quartier. Très impliqué, il effectue une série de déplacements entre 2012 et 2015, aux Etats-Unis, en Corée du Sud et en Finlande, et visite plusieurs bibliothèques dont la New York Public Library et la Bibliothèque centrale d’Helsinki. 

Anforêt : le concept

Depuis le démarrage en 2007 jusqu’à l’ouverture du bâtiment le 1er juin 2017, dix ans seront nécessaires pour remodeler le quartier. Complexe, Anforêt est un projet gigogne, avec un plan d’ensemble de réorganisation d’une vaste zone urbaine, un plan de réorganisation d’un quartier représentant 12 305 m², avec, en son sein, un projet de nouvelle bibliothèque d’une surface de 6173 m².

Trois termes résument le concept : étude, santé, fraternité.  Dans une ville, soucieuse de son environnement et de la qualité de vie, le concept retenu est de proposer aux citoyens des installations où ils puissent prendre soin de leur santé, où ils puissent avoir les moyens de se former, et donc de se développer, tout au long de leur vie, et où ils aient la possibilité de créer des liens de sociabilité, de se rassembler et d’interagir.

Anforêt : une approche concertée et participative

En 2007, un groupe de travail de dix membres, représentant des associations de citoyens et des corporations de la ville, est mandaté pour proposer les principes de base d’organisation du quartier. Comme les autorités politiques locales ont bien conscience de l’importance des changements à venir et des impacts sur la vie des habitants, elles prévoient des temps de recueil d’information et d’échanges. Organisés à plusieurs reprises, forums, tables rondes, enquêtes, alimentent et ponctuent l’avancement du projet. Au total cinquante-et-un ateliers citoyens, avec 1998 personnes impliquées, sont organisés avant et puis après l’ouverture d’Anforêt.

Anforêt, le bâtiment et les abords

Regroupant des installations publiques et privées, Anforêt est composé d’un bâtiment principal occupé principalement par la nouvelle bibliothèque, d’un parking de 273 places, et d’un bâtiment de plus petite taille, loué par un centre de formation proposant des conférences, des cours et des activités centrées sur la santé et l’amélioration de la qualité de la vie.

L’ensemble est environné par une très grande esplanade qui accueille régulièrement des événements, dont le « Anjo Tanabata Festival », au mois de juillet de chaque année, avec, à côté, un petit square, le Miyuki Park.

Pourquoi construire une nouvelle bibliothèque ?

Le cœur du projet Anforêt est la nouvelle bibliothèque et son centre d’information. Compte tenu du développement de la population et de la ville, l’ancienne bibliothèque qui datait de 1985 n’était plus adaptée. Malgré une superficie de 3945 , le bâtiment de trois étages était globalement sous-dimensionné face à une demande et une activité croissante. Les équipements étaient obsolètes, la part accordée aux nouvelles technologies étant très faible. Le seul point d’accueil et de services, en cas d’affluence, était vite saturé. Le service de référence devait être amélioré. L’installation d’une nouvelle bibliothèque, totalement modernisée et plus vaste, prenait tout son sens dans une zone à redynamiser.

Le projet de la nouvelle bibliothèque : le concept

Il s’inscrit dans la philosophie d’ensemble d’Anforêt. S’adressant à tous les citoyens de la ville quel que soit leur âge, le développement de la bibliothèque s’articule sur trois axes. D’abord, la promotion de l’éducation, avec bien évidemment, le soutien aux parents, le soutien à la lecture pour les plus jeunes et le soutien scolaire pour les publics collégiens et lycéens. Deuxième axe, le soutien autour de la préservation et l’entretien de la santé, et notamment pour un public plus âgé. Enfin, le dernier axe, concerne l’aide à l’entrepreunariat.

La bibliothèque a aussi pour mission de mettre en avant l’attractivité de la ville et de ses alentours en enrichissant et valorisant un fonds local. Régulièrement, le service de référence réalise à ce sujet des produits documentaires.

Le nouveau bâtiment

Comme à Tamano, c’est le cabinet Mikami Architects qui a conçu l’ensemble : bâtiment principal, parking, zone commerciale, esplanade et square. Situé au carrefour de la Miyukihonmachi, la présence de l’Anforêt imprime sa marque. Outre le caractère imposant, et l’aspect neuf dans une zone dont le bâti est plus ancien, l’alternance de gris clair, de rouge brique et de transparence ainsi que l’architecture du bâtiment en forme de prisme arrêtent l’œil. Des cubes de verre, en saillie tout autour de la bibliothèque, les «Den », en référence au Danemark, donnent un dessin général en forme de damier qui n’est pas sans rappeler le dessin d’une rizière. A la fois à l’écart à l’intérieur de la bibliothèque et tournés vers l’extérieur, en prise direct sur la ville, les espaces privatifs que sont les “Den”, sont à l’intersection entre le dehors et le dedans. Très lumineux, la bâtiment est beau de nuit comme de jour. 

Vue d’ensemble

Une bibliothèque sur trois niveaux avec un atrium au milieu

Les niveaux deux à quatre correspondent aux espaces publics de la bibliothèque, le cinquième niveau est dévolu aux bureaux et aux magasins. Le premier niveau, au rez-de-chaussée, est un vaste hall avec un Atrium, le Café D&B, un bureau des documents passeports, des salles de réunions polyvalentes, des espaces d’information. Le hall est occupé en semaine par des stands de vente de marchandises. De nombreuses assises permettent aussi, en temps normal, de s’y arrêter.

L’agencement des différents plateaux sur chaque niveau a tenu compte d’un principe structurant qui consiste à aller du plus « dynamique » vers le plus «bruyant » vers des espaces de plus en plus « statiques » et « calmes ». Selon ce principe, les flux pouvant être nombreux et fréquents, le hall et les espaces commerçants, le café et les salles de réunions sont au niveau 1, la bibliothèque pour enfants et la partie journaux/magazines est au niveau 2, la bibliothèque dite « générale » au niveau 3 et au dernier niveau, la bibliothèque académique a été logiquement éloignée du bruit. Un effort particulier a été fait pour proposer à cet étage de nombreuses places d’étude pour le public collégien et lycéen. Chaque niveau possède son propre code couleur et son mobilier. A noter aussi qu’il est possible de manger et de boire dans la bibliothèque. Une caractéristique qui tend à de répandre dans certaines nouvelles bibliothèques et tend à montrer que les biblothèques deviennent des lieux de séjournage.

Des collections plus diversifiées et plus « lisibles »

Le projet parle de bibliothèque « hybride ». Un effort conséquent a donc été fait pour proposer des collections audiovisuelles (CD, DVD) et des ressources électroniques (e-books, bases de données). Le suivi linéaire de la NDC (Nippon decimal classification) a été abandonné au profit d’un regroupement par grands domaines : santé, business, animaux et plantes, nouvelles technologies…afin d’aider le lecteur à aller vers les thématiques qui l’intéressent. Une collection à destination des jeunes – la Ra book – propose ainsi non seulement des mangas et des livres de littérature faciles à lire mais aussi des ouvrages sur la recherche d’emploi.

Des espaces et des services spécifiques

La bibliothèque n’offre pas uniquement des salles de lectures, des espaces de travail individuel ou des salles de travail en groupe. Aux différents niveaux, des salles et des services en liens avec les axes forts du projet de la bibliothèque, éducation, santé, entreprise, sont à la disposition du public.

A coté de la bibliothèque pour enfants, une grande salle où les parents et les enfants, de 0 à 3 ans, peuvent passer du temps et jouer ensemble a été aménagée, ainsi qu’une salle à manger et des commodités (toilettes pour enfants, salle à langer, salle de lactation). Autre point de rencontre pour les enfants et leurs parents, le coin Nankichi Niimi (1913-1943), salle ouverte avec tatamis, où l’on peut découvrir et lire les œuvres de cet auteur, célèbre pour ses contes pour enfants, qui a vécu à Anjo avant de décéder de la tuberculose, à l’âge de vingt neuf ans.

Au deuxième étage, une grande salle polyvalente permet d’assister à des conférences sur la santé mais également de participer à des cours de gymnastique ou de maintien en forme. Au niveau 3, la bibliothèque accueille le ABC, le Anjo Business Center, où des consultants prodiguent des conseils et fournissent des outils à la création d’entreprise. Le service a connu un succès au-delà des objectifs fixés au départ. Les soixante consultations prévues par mois ont finalement été multipliées par cinq en 2020. Soixante quinze entreprises ont été créées depuis l’ouverture.

Nouvelles technologies, automatisation et amélioration de la qualité de service

Une visite dans les espaces de la bibliothèque d’Anjo montre que la présence importante des nouvelles technologies a été un choix délibéré : zone de postes informatiques pour consulter internet et des ressources numériques, écran tactile de consultation de la presse, prêt d’ordinateur et de tablette, automates de prêt/retour sont là pour proposer une offre documentaire plus diversifiée et donner davantage d’autonomie aux lecteurs. Les automates pour emprunter et rendre ses documents ont été implantés à tous les étages. Le travail du personnel de la bibliothèque est centré sur l’information (points d’accueil), l’assistance et l’accompagnement des citoyens dans leurs recherches documentaires et la valorisation des collections (banque de renseignement).

Le succès d’Anforêt

Le choix de la qualité de service, de la variété de l’offre documentaire et des services s’est avéré gagnant. Dès son ouverture en 2017, le nouvel équipement a été plébiscité par le public avec un million d’entrées. En 2018 et 2019, la bibliothèque a enregistré plus d’un million-deux-cents-mille entrées.

En novembre 2020, la bibliothèque a reçu le prix du public et le prix d’excellence de la Bibliothèque de l’année, venant consacrer la réussite du projet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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