La bibliothèque de Nagi

Description de l'espace "Sun"

La bibliothèque et le musée de Nagi, le Nagi MOCA : l’alliance du savoir et de l’art contemporain

Au nord d’Okayama, dans la petite ville de Nagi, un musée d’art contemporain, le Nagi MOCA, a été construit par Arata Isozaki, l’un des sept architectes japonais qui a reçu le Prix Pritker.

Ouvert en 1994, fréquenté par un public japonais et étranger, ce musée qui a fêté récemment ses 25 ans, a fait la renommée de ce bourg de 5979 habitants. Dès le départ, le projet a intégré une bibliothèque municipale pour la population. 

Un musée à travers champ

Présentation générale du Nagi MOCA, le musée d'art contemporain de la ville de Nagi, préfecture d'Okayama, au Japon

Au beau milieu de la campagne, dans un vaste ensemble composé de rizières et de champs, entouré de montagnes couvertes de forêts, le bourg de Nagi s’organise autour de quelques grands axes routiers. La route principale traverse Nagi du nord au sud. Cet environnement offre à chaque saison un cadre naturel beau et changeant. A quelques kilomètres, le Mont Nagi (1255 m) surplombe la ville. Du sommet, on peut admirer la vue sur le mont Oyama à l’ouest et sur le mont Hyono à l’est. Par grand beau temps, on voit la mer intérieure du Japon, et au loin, côté sud, quelques montagnes de l’île de Shikoku.

Le bourg de Nagi

Présentation générale de la ville de Nagi

D’accès relativement difficile en transport en commun, il faut compter environ une heure et de demie en moyenne en train ou bus, depuis la ville d’Okayama, Nagi est facilement accessible par la route. La visite de ce musée et des environs mérite très largement le détour. De taille modeste avec 2444m2, le musée propose sur deux niveaux des espaces d’exposition permanente et temporaire, un restaurant et diverses commodités. L’essentiel est situé au rez-de-chaussée. Le second niveau est occupé par la bibliothèque et l’un des espaces permanents.

Le musée et ses installations

Présentation du NAgi MOCA, entrée principale

La conception architecturale est en soi un motif de visite. Le cadre naturel a manifestement inspiré l’architecte qui a conçu un musée avec plusieurs bâtiments aux formes singulières, où nature et arts se répondent. De l’extérieur, on distingue un bâtiment rouge de forme cubique, il s’agit de la bibliothèque, surplombé par une grande verrière, lui-même enchâssé dans une construction basse, tout en longueur, de couleur grise, qui sert à distribuer de l’intérieur tous les espaces. A proximité, toujours en extérieur, on voit un immense cylindre jaune, posé sur le gazon, et à côté, un grand édifice gris en arc-de-cercle qui rappelle la forme d’un croissant de lune.

Plusieurs d’artistes ont travaillé avec Arata Isozaki pour la création des espaces permanents. Il y a trois espaces distincts.

Earth, Moon et Sun

Aiki Miyawaki a conçu « Earth », une installation à ciel ouvert, située dans les espaces intérieurs, à proximité de l’entrée. “Earth” est une structure de béton avec des tuiles noires, des cercles d’acier. Le bâtiment en arc-de-cercle, « Moon » a été créé par Shusaku Arakawa et Madeline Gins.

Présentation du Nagi MOCA, vue extérieure, l'espace MOON

Le cylindre, « Sun», a été réalisé par Kazuo Okazaki. « Sun» est le plus surprenant de ces espaces avec sa réplique renversée de l’un des plus célèbres jardins zen de Kyôto, le Ryoan-Ji.

Eau, terre, béton, métal, lumière sont les éléments constitutifs de ces installations aux formes simples et épurées que l’on peut admirer dans une ambiance calme et recueillie.

L’orientation n’a pas été choisie au hasard. Trois axes convergents traversent dans le sens de la longueur le musée : l’axe vers le Mont Nagi, l’axe de la route principale et l’axe nord-sud. Le cylindre « Sun» est orienté nord-sud, en direction du Mont Nagi. Les ouvertures de l’espace « Moon », à chacune des extrémités du croissant de lune, sont orientées selon l’axe d’apparition de la lune pendant l’équinoxe d’automne, à dix heures du soir précisément.

La bibliothèque de Nagi

L’objectif majeur de ce projet a été de contribuer à la revitalisation de la ville en renforçant sa notoriété grâce des équipements culturels construits par un architecte reconnu internationalement.

L’opportunité a été également saisie pour construire une bibliothèque municipale. Précédemment il n’y avait pas à proprement parler de bibliothèque, une salle avec des livres dans un centre culturel de la ville faisant office de service de prêt à domicile. Par la place qu’elle occupe, la bibliothèque est l’un des éléments majeurs de l’ensemble.

L’entrée du musée et de la bibliothèque est commune, visiteurs et publics locaux se croisent, les uns pour découvrir les expositions et les autres, pour aller à la bibliothèque.

Le bâtiment

Installée dans le bâtiment rouge, la bibliothèque du Nagi MOCA représente un quart de la surface totale.

La salle de lecture est abondamment éclairée par la lumière naturelle venant du haut, du puits de lumière, placé au centre, avec sa grande verrière.

La bibliothèque du Nagi MOCA bénéficie d’une grande hauteur de plafond. Rangées sur deux niveaux dont une mezzanine sur laquelle on peut déambuler et faire le tour de la salle, les collections tapissent les quatre murs de la bibliothèque. Selon un parti pris que l’on peut observer assez fréquemment dans les bibliothèques japonaises, la dimension décorative, et esthétique, des collections a été sciemment mise en exergue. Le sol est un parquet de bois clair. 

Réparties en fonction des quatre points cardinaux, toutes les ouvertures de la mezzanine sont équipées d’un bureau et d’une place assise pour travailler au calme. Cet agencement permet de travailler tout en bénéficiant de la vue sur les paysages.

Un fonds varié et riche

Ramené à sa population, la bibliothèque possède un fonds très riche, pour l’essentiel en libre-accès, avec 93 487 ouvrages dont 25 312 pour les enfants, 46 titres de magazines et quotidiens ainsi qu’un fonds audiovisuel de 2492 documents. En 2019, 18 162 personnes sont venues à la bibliothèque. Les publics les plus nombreux sont représentés pas les enfants (soit 1/5ème de la fréquentation) et les personnes de plus de 60 ans (soit les 2/3).

Un fonds spécialisé sur la forme locale du Kabuki

En lien avec le musée, la bibliothèque possède un fonds sur l’art moderne. Mais le fonds le plus remarquable est celui consacré à une forme locale de kabuki. Avec le Nô, le Kabuki est l’une des formes traditionnelles théâtrales le plus connues au Japon.

Nagi – Plaquette de présentation

Né dans la région, le Yokozen Kabuki remonte à la fin de la période d’Edo (1603-1868), il fait référence à un ancien nom de lieu, Yokozen, proche de Nagi. Interdite par le Shogunat, cette version rurale du kabuki a remporté un succès important. Les représentations de ces pièces de théâtre, jouées par des amateurs, qui divertissaient les paysans avaient lieu clandestinement. Les pièces mettent en scène la vie de héros légendaires japonais comme Yoshitsune no Minamoto.

La tradition s’est perpétuée. Chaque année, des représentations sont données dans l’un des sanctuaires de cette paisible bourgade.

 

 

 

 

 

 

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